Les Programmes 2018/2019

One charming night – Airs and Instrumentals music  (H. Purcell)

« Une nuit enchanteresse procure plus de délices que cent jours heureux », le décor est posé. Une nuit de folies, d’émotions exacerbées, un songe nocturne où règnent l’amour, la féerie et le fantastique comme cela arrive parfois dans les rêves. Exploitant la vitalité et la souplesse de la langue anglaise, les musiques de Purcell peignent une exceptionnelle diversité de tons et d’atmosphères par d’abrupts changements de tempo, des modulations et dissonances inattendues, pour illustrer les joies et les tourments de l’amour, les douleurs de l’abandon, les mystères de la nuit, les divagations de la folie. Au matin, tous saluent le soleil qui se lève.

« Le talent extraordinaire de Purcell dans tous les genres de musique est bien connu ; mais il est plus particulièrement admiré pour sa musique vocale, ayant un génie spécial pour exprimer l’énergie des paroles anglaises, par lequel il émeut les passions et provoque l’admiration de tous ses auditeurs. »
HENRY PLAYFORD, ORPHEUS BRITANNICUS, 1698.

« Écouter sa musique, c’est participer à la vie, saisir un peu du feu étincelant, prendre sa part des regrets et des peines de cet homme ouvert à toutes les émotions, d’une sensibilité toujours en éveil, toujours prêt à la louange ou à l’adoration, aux soupirs ou aux larmes, et qui pouvait tantôt emboucher la trompette en l’honneur de la majesté, tantôt, cherchant à fuir le mal d’amour, trouver en lui-même la fièvre. »
JACK A. WESTRUP, PURCELL, 1947.

Avec : Elodie Fonnard : soprano,  Jean Gaillard : flûtes à bec, Françoise Enock : violone, Julie Blais : clavecin

Les 4 saisons d’après les contes de Grégoire Solotarev
Mis en scène par Emmanuel Houzé

Sur la scène, une comédienne, une flûte ténor rafi et un K’RL. Les contes de Grégoire Solotarev nous portent dans l’univers des animaux étrangement humains qui peuplent ses livres. Le public rit, pris entre tendresse et désarroi, de ces « amis » qui jouent et s’amusent du dérisoire de la vie.
Des contes musicaux, où la nouvelle lutherie côtoie la musique ancienne, où l’improvisation alterne avec l’écriture contemporaine.
Le K’RL est un instrument inédit, sorte de bâton électronique qui se manipule par pression, torsion, inclinaison…

Avec Delphine Zucher : comédienne, Jean Lochard : Karlax, Jean Gaillard : flûte Rafi.


Amore inferno – Claudio Monteverdi – Madrigaux Guerriers et Amoureux

Amore inferno raconte les odyssées amoureuses aux portes des enfers. L’Amour n’a ni foi ni loi. Tempête de douceur, il se déverse sur les âmes et se moque des douleurs. Il brille et découvre les désirs des amoureux transis qui brillent de désir aux songes embrasés.

Les musiciens s’approchent de la scène. Les cieux observent. Le décor est planté. C’est une soirée attendue. Une soirée où aucun ange n’ose chanter. Mais l’Amour n’a pas de sens pour résister, car il est inné en chaque homme.

Avec une douceur teintée d’une audace nouvelle, Suonare e Cantare vous propose un récit onirique, une fable du passé et du présent, un récit sur l’Amour et ses enfers, un voyage initiatique dans les passions de l’Italie baroque du XVII°s.

Avec : Elodie Fonnard, Béatrice Mayo Felipe, Marie-Georges Monet, Sean Clayton, Edgar Franken, Sébastien Brohier, Eva Godard, Françoise Enock, Julie Blais, Nathan Gaillard, Jean Gaillard.)


Le Petit Prince
conte musical de Yves Grollemund d’après l’album d’Antoine de Saint Exupéry

Avec : Elodie Fonnard : soprano, Jean Gaillard : flûtes à bec, Marieke Bouche : violon, Françoise Enock : violone, Julie Blais : orgue

L’Iliade e l’Odyssée – « Être Achille ou Ulysse ? »
C. Monteverdi – JB Lully

Tout oppose en effet les deux héros, chacun personnage principal d’un des poèmes homériques, le premier de l’Iliade, le second de l’Odyssée : Achille est l’homme d’une vie brève et d’une mort glorieuse, qui meurt au faite de sa jeunesse, de sa beauté, de son courage et accède ainsi à l’immortalité.
Ulysse, en revanche, représente le pôle opposé : il est celui qui revient chez lui pour vivre une vie longue et heureuse, fidèle à Pénélope, à Ithaque et à lui-même, même si, au bout du chemin, c’est la vieillesse qui l’attend et non une autre vie. En résumé : la force active, violente, les pleurs et la tristesse pour Achille, et pour Ulysse la ruse, les malheurs, la réussite, et surtout le rire et la survie.

Il fallait donc tout le talent des poètes pour les rassembler, en particulier celui d’Homère pour composer un chant poétique. Il chante ici un monde définitivement disparu, celui de demi-dieux, plus forts que les humains dont seuls les mots peuvent restituer la vérité : « Pour entrer dans ces poèmes, il faut rêver avec des mots ».
Les anciens Grecs eux-mêmes parvenaient, en écoutant ces chants, à tenir à distance la violence de la guerre, qui y était omniprésente. La colère d’Achille, source de tant de désastres et de morts se sublime devant Priam, le père dont il a tué le fils, Hector. Le corps du héros troyen est rendu, ses funérailles peuvent avoir lieu.
Le problème posé par Ulysse est différent, il est celui du retour, c’est-à-dire d’entrer le monde présent, celui des humains qui ne sont pas des demi-dieux. Au cours de son voyage, de son odyssée, il visite des mondes imaginaires qui « représentent des mondes irréels mais possibles, ce que des sociétés humaines pourraient être, des mondes qu’il faut quitter car nous n’y sommes pas chez nous ».
Plus fondamentalement, Ulysse « doit abandonner tout ce qui n’est pas humain au sens d’une pure survie, d’une pure possibilité de vivre. Il doit se dépouiller de tout pour rentrer ». De tout ce qui n’est pas humain en lui.

Les suites de la Guerre de Troie ont fourni d’innombrables sujets aux poètes, aux dramaturges et aux musiciens. Achille et Ulysse apparaissent donc régulièrement dans les œuvres musicales prenant pour sujet la guerre de Troie.
En 1641, Claudio Monteverdi compose le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Monteverdi et son librettiste choisissent là un des épisodes les plus célèbres de l’Odyssée relaté dans les chants XIII à XXIII : le retour d’Ulysse chez lui à Ithaque et le massacre des prétendants qui pressaient Pénélope de se choisir un nouveau mari.

En 1686, le compositeur français JB Lully commence à composer une tragédie lyrique « Achille et Polyxène »  prenant pour sujet les amours entre Achille et la princesse troyenne Polyxène. Il meurt en laissant l’œuvre inachevée, n’ayant eu le temps de composer que le prologue et le premier acte. La suite fut terminée par son assistant Pascal Collasse.

Au-delà de la profonde réflexion sur ce qui constitue notre expérience d’être mortel, cette odyssée musicale et littéraire nous plonge dans ces poèmes et partitions aussi bien destinés à celles et ceux qui les découvrent, qu’aux amateurs « aguerris ».