Tonos y danzas en el siglo d’oro español

Les « tonos humanos » définissent  le style de musique vocale profane le plus important du XVIIème siècle espagnol. Durant la première moitié du siècle, les tonos étaient majoritairement écrits à 2, 3 et 4 voix. En revanche, dans la seconde moitié, ils furent principalement composés pour voix seule et basse continue, avec, pour ceux de José Marin, un riche accompagnement écrit en tablature pour la guitare baroque, fait tout à fait exceptionnel à l’époque. Il s’agit de chansons strophiques avec une alternance de couplets (coplas)  et refrains (estribillos), dans un style le plus souvent populaire, qui relatent la plupart du temps les peines d’amour du narrateur. Leurs rythmes complexes les caractérisent, avec des jeux simultanés de binaire/ternaire, suggérant ceux des danses en vogue à l’époque : Pasacalles, canarios, españoletas, jácaras, paradetas et zarabandas

Velasquez

José Marin (1618-1699) fut chanteur, guitariste et compositeur. Sa vie fut trépidante et sulfureuse, digne d’un héros de grand roman d’aventures. Musicien de la cour de Madrid vers 1650, il s’illustre dans les faits divers, défraie la chronique à raison de moult duels, intrigues et accusations de meurtres qui lui vaudront la torture et les galères. Sa collection de 51 tonos humanos à une voix est l’une des plus importantes du genre dans la seconde moitié du XVIIème siècle. De plus, il s’agit d’un des très rares exemples de recueil de pièces vocales avec un accompagnement entièrement écrit et réalisé, ici pour la guitare en tablature italienne, au lieu de la traditionnelle basse chiffrée. Dans l’écriture de ses accompagnements, Marin dans un style très personnel  fait preuve d’un grand raffinement et pousse à l’extrême les possibilités expressives et idiomatiques de son instrument.

Juan Hidalgo (1614-1685), harpiste à la Chapelle Royale espagnole, était certainement l’un des compositeurs les plus influents en Espagne à cette époque et exerça un rôle très important à la cour (équivalent à celui de Lully en France) jusqu’à sa mort. Il composa grand nombre de d’œuvres essentiellement profanes : des opéras, de la musique de théâtre, des zarzuelas, des tonos humanos  et des  villancicos.

Juan Arañiés ( ? -1649), compositeur espagnol, publia en 1624 son « libro segundo de tonos y villancicos » pour de une à quatre voix et guitare, d’où provient la célèbre chacona « A la vida bona ».

Des danses instrumentales de Gaspar Sanz, Lucas Ruiz de Ribayaz, Santiago de Murcia, Santa Cruz, et Selma y Salaverde viendront ponctuer ce programme de tonos humanos interprétés par Béatrice Mayo Felip, accompagnée de Jean Gaillard à la flûte à bec, Françoise Enock à la viole de gambe et Massimo Moscardo à la guitare baroque.