Cantates de Telemann

Kantate aus Forsetzung des Harmonischen Gottesdienstes

Les recueils de Telemann intitulés  Harmonischer Gottes-Dienst réunissent plusieurs cycles liturgiques de cantates. Composé en 1725, le premier cycle sera publié en trois volumes, respectivement de 26, 30 et 16 cantates conçues pour soprano ou ténor, un instrument obligato (flûte à bec, violon, flûte traversière ou hautbois), et basso continuo. En 1731, Telemann écriera un deuxième cycle de cantates composées pour voix solo, 2 instruments de dessus + Basse continue.

Toutes les formules instrumentales sont possibles car même si Telemann a spécifié à quels instruments il souhaitait confier les parties de dessus (ex : flauto dolce o violino et hautbois), il ajoute dans sa préface que « l’emploi pour les parties instrumentales d’un instrument équivalent reste toujours possible (flûte traversière, hautbois, flûte à bec, violon, dessus de viole, violons …) »

Il ajoute aussi que l’usage de ces cantates était double :

– Soit à l’église en renforçant dans les tutti la BC avec un orgue et un violone et en ajoutant systématiquement  un ripieno constitué de 2 violons
– Soit en musique de chambre : « Les violons et le violone ne sont alors pas nécessaires, la basse continue est réalisée par le clavecin avec un instrument grave pour renforcer la basse. Un violoncelle, une viole de gambe ou un basson pourront remplir ce rôle ».

Ces cantates comportent généralement deux arias da capo dans la forme ABA, comme dans les cantates et les opéras italiens de compositeurs tels que Scarlatti, Vinci  et Haendel, avec un récitatif intercalé.  Sur le frontispice  du  Harmonischer  Gottes- Dienst, Telemann indique que les pièces du recueil conviennent aussi bien pour le service de l’église et l’expression de la foi que pour l’usage domestique et le perfectionnement de leurs interprètes.

Dans sa préface, toujours pragmatique, il donne des instructions sur la façon d’interpréter  ces cantates en ne faisant appel qu’à des instrumentistes. Et cependant, plusieurs arias sont pour ainsi dire d’authentiques airs d’opéra, d’une grande exigence pour les chanteurs, à l’opposé de ses odes syllabiques qui étaient conçues pour des voix moins expérimentées.

Programme et distribution

Meine Glaube ringt in letzen Züngen
Ein Jammerton, ein schluchzend
Chaconne « modéré » en mi mineur
Ach Gott, wie beugt der Eltern Herze
Da, Jesu, Deinen Ruhm zu meheren

Soprano : Elodie Fonnard
Violon baroque : Marieke Bouche
Viole de gambe : Françoise Enock
Flûtes à bec : Jean Gaillard
Clavecin : Julie Blais

Les Textes
Amoureux  de poésie, et lui-même écrivain, Telemann avait une préférence pour les textes nouveaux et inédits,  en particulier  de la plume  de jeunes poètes prometteurs.  Dans le premier  paragraphe du Harmonischer Gottes-Dienst,  il explique que les textes lui  ont été fournis  par Christian  Friedrich Weichmann, mais sans qu’il soit fait mention du nom de leurs auteurs. Plus tard, en 1726, à l’occasion de publications séparées de ces mêmes textes, il révéla que la plupart d’entre eux avaient été écrits par le juriste Arnold Wilckens (1704–1759), qui devait avoir environ 21 ans lorsque l’ Harmonischer Gottes-Dienst fut publié. D’autres auteurs sont mentionnés dans des documents conservés à la Hamburg Staatsarchiv, mais un seul d’entre eux est connu : il s’agit de l’universitaire et linguiste Michael Richey (1678-1761), les autres étant Büren, Mayer, C. Steetz and Kenzler.

Les textes s’inscrivent dans un contexte piétiste. La doctrine du piétisme, dont l’influence était forte en Allemagne du nord, avait été édictée en 1675 dans le Pia Desideria (« Pieux désirs ») par Phillip Jacob Spener (1635–1705), ancien étudiant en théologie à Strasbourg et Genève. Ce courant de pensée accrut sa popularité en reléguant au second plan les questions relatives au dogme au profit de la renaissance, de la foi et de la dévotion chrétiennes. Spener propagea ses idées en organisant sous son propre toit des séances de culte et d’étude de la Bible pour de petits groupes de fidèles. C’est sans doute en ayant à l’esprit ces réunions en comité réduit que Telemann écrivit au début de sa préface que sa musique est conçue « davantage pour l’usage privé et domestique que pour le service de l’église ».

Procédés de rhétorique et de composition
Les arias de l’Harmonischer Gottes-Dienst sont d’essence mélodique et se concentrent sur le texte ; les mélismes sont utilisés avec parcimonie, conformément aux préceptes de Johann Mattheson (1681-1764), le plus éminent théoricien allemand de l’esthétique au 18e siècle. Telemann utilise donc l’aria da capo, les sections A faisant se répéter le texte et comportant davantage de mélismes, tandis que la section B est plus courte et plus syllabique.
Dans les récitatifs,  la  signification  du  texte est souvent  « traduite » en mélodie  et soutenue harmoniquement par la ligne de basse.
Dans sa préface, Telemann précise que les récitatifs ne doivent pas être chantés en mesure mais que le tempo doit suivre le contenu des poèmes, ralentissant et accélérant selon le cas.
Les instruments « obbligato », (ici violon et flûte à bec), introduisent et concluent les arias dans la tradition des arias d’opéras, l’exposition instrumentale ayant pour fonction de définir « l’affect » et de préparer l’auditoire à l’entrée de la voix. Les thèmes et les motifs anticipent  et soulignent les mots importants et le caractère général du texte.

Le continuo se voit parfois confier des motifs  ou des thèmes importants ; il est réalisé soit à l’orgue, soit au clavecin : bien que, dans sa préface, Telemann donne des instructions  aux organistes moins expérimentés sur la façon de transposer du « Chorton » au « Cammerton », l’indication récurrente « Cembalo tacet » indique bien qu’il avait le clavecin à l’esprit.